Europe, Italie | Carta di Leuca 2026 : chemin de paix en Méditerranée

22 August 2026

Chiara Prontera

Chiara Prontera

Le cardinal Pierbattista Pizzaballa à Leuca
Le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche latin de Jérusalem, présent au rassemblement « Carta di Leuca »

Leuca est une frontière géographique, mais elle peut aussi devenir une image capable de raconter notre époque : face à la Méditerranée, nous pouvons choisir de voir une frontière ou un pont.

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Santa Maria di Leuca a été une fois de plus le lieu où ce choix est devenu une expérience concrète.

La Carta di Leuca 2026, parvenue à sa onzième édition, a réuni des jeunes venus de différentes régions d’Italie, ainsi que des participants arrivés de Chypre et de Jérusalem, autour d’un désir commun : construire la paix.

Le thème choisi pour cette édition était «Méditerranée de Paix pour un monde en Paix». Un titre qui, dans une Méditerranée marquée par les guerres, les divisions et les blessures, résonne à la fois comme un défi et comme une promesse.

Un chemin de rencontre et de formation

Carta di Leuca est une expérience de rencontre, une démarche visant à rassembler des jeunes d’horizons divers afin qu’ils apprennent à se connaître, à s’écouter et à découvrir que ce qui les unit est bien plus grand que ce qui les sépare.

Les jeunes ont vécu des moments d’échange et de formation, réfléchissant aux blessures relationnelles, aux différences, à l’accueil et à la nécessité de préserver la mémoire pour bâtir un avenir différent. Ce parcours a été pensé comme un chemin où la rencontre de l’autre n’était pas un élément secondaire, mais le cœur même de l’expérience.

Le témoignage de Jérusalem et la rencontre avec Pizzaballa

La présence des jeunes de Jérusalem et de Chypre a conféré à cette rencontre une intensité toute particulière. Jérusalem n’était pas seulement un lieu mentionné dans les discours ; elle s’est incarnée à Leuca à travers les visages et les récits de ceux qui y vivent, apportant les espoirs et les blessures d’une terre où le mot paix revêt un caractère d’urgence absolue.

Au cours de ce cheminement, la présence du cardinal Pierbattista Pizzaballa, Patriarche latin de Jérusalem, a marqué les esprits. Il a rencontré les jeunes non seulement en tant que représentant de l’Église de Jérusalem, mais comme un témoin portant au quotidien la complexité et la souffrance de la Terre Sainte.

Son échange avec les jeunes a donné une portée concrète aux réflexions menées les jours précédents.

La question de la paix ne pouvait rester théorique : elle s’est incarnée face à l’expérience de celui qui vit chaque jour l’effort du dialogue et de la coexistence. C’est sans doute pourquoi cette rencontre avec Pizzaballa a constitué l’un des moments les plus forts de la Carta di Leuca.

D’Alessano à Leuca : sur les pas de don Tonino Bello

À Leuca, chaque démarche vers la paix mène inévitablement à Alessano, sur la tombe de don Tonino Bello ; son héritage traverse la Carta di Leuca comme une interpellation pour le présent. Don Tonino a enseigné à concevoir la paix comme une responsabilité qui prend racine dans les relations et dans l’accueil d’autrui.

Dans la nuit du 13 au 14 août, les jeunes ont repris la route depuis Alessano pour marcher vers Leuca. Marcher ensemble dans la nuit, après avoir débattu de la paix, prend une valeur hautement symbolique : la paix est une marche.

Elle ne s’obtient pas dans l’immobilité et ne se construit pas seul : on part ensemble.

L’expérience a trouvé son point d’orgue à l’aube du 14 août, lorsque la marche a atteint la basilique de Santa Maria di Leuca et que les jeunes ont proclamé la Carta di Leuca.

Une responsabilité pour l’avenir

«La Carta di Leuca ne se signe pas. Elle se raconte» : car raconter signifie assumer la responsabilité de ce qui a été vécu.

La Méditerranée peut être décrite comme une mer de conflits, de drames migratoires, de barrières et de peurs, mais elle peut aussi être reconnue pour ce qu’elle a toujours été : un carrefour d’échanges, de rencontres et d’enrichissement mutuel entre cultures et peuples.

La paix ne consiste pas à effacer les différences, mais à apprendre à les vivre sans ériger de murs. C’est ici que l’expérience de ces jeunes prend toute sa valeur. Durant ces journées, ils ont expérimenté concrètement ce que signifie être ensemble, partager une route et écouter une histoire différente de la leur.

La Carta di Leuca s’achève ainsi sur une question plutôt que sur une conclusion : que ferons-nous, de retour chez nous, de cette expérience ?

La réponse ne relève pas uniquement des dirigeants du monde ; la paix a besoin de la jeunesse. Elle a besoin de personnes capables de traverser les différences sans crainte et de bâtir des ponts plutôt que d’alimenter les oppositions.

C’est pourquoi la Carta di Leuca est essentielle : elle ne délivre pas seulement un message aux jeunes, elle leur confie une responsabilité. Et tandis que le soleil se lève sur la Méditerranée, ils nous rappellent que la mer peut encore être un pont. Une Méditerranée de paix pour un monde en paix.

Photo du groupe « Carta di Leuca »

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