La nourriture indispensable pour vivre
Lectures : Is 55,1-3 ; Rm 8,35.37-39 ; Mt 14,13-21
Jésus est constamment attentif aux besoins matériels de ceux qu’il rencontre. Cela est également révélé par son empressement à multiplier les pains et les poissons pour les foules affamées, un miracle rapporté par les quatre Évangélistes, mais que Matthieu et Marc nous racontent à deux reprises (Mt 14,13-21 ; 15,32-39 ; Mc 6,30-44 ; 8,1-16 ; Lc 9,10-17 ; Jn 6,1-13). À cette occasion, Jésus exhorte les disciples : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mt 14,16 ; Mc 6,37 ; Lc 9,13) : nous devons tous prendre en charge les souffrances des personnes dans le besoin, c’est le devoir de tous de nourrir les affamés de ce monde. « C’est donc un devoir chrétien de signaler l’inhumanité des lois économiques qui empêchent encore aujourd’hui une grande parte de l’humanité de pouvoir se nourrir, se désaltérer et se soigner correctement » (A. Agnelli). De plus, Jésus enseigne que c’est le partage qui accomplit le miracle de résoudre le problème de tous : les quelques pains et poissons qui lui sont offerts sont transformés par la puissance de sa Parole en satisfaction du besoin alimentaire des foules. Les « douze corbeilles » (Mt 14,20 ; Mc 6,43 ; Lc 9,17 ; Jn 6,13) ou, selon les versions, les « sept corbeilles » (Mt 15,37) de pain restantes, sont le signe de la prodigieuse surabondance qui peut découler du partage.
Jésus enseigne toujours que « les besoins matériels doivent être satisfaits… Toutes les lois humaines, religieuses et socio-économiques qui empêchent l’accès aux biens de la terre doivent être annulées » (A. Agnelli). Quel avertissement pour notre économie qui met au centre le capital et certainement pas la personne !
Mais, comme le rappelle Jésus, « l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4 ; cf. Dt 8,3). Dans l’Ancien Testament, la Parole de Dieu est souvent comparée à la nourriture, tout comme dans la première lecture d’aujourd’hui (Is 55,1-3 ; cf. Pr 8,22-24 ; 9,1-6 ; Si 24,1.17-21). Dans Jean, le miracle de la multiplication des pains au chapitre 6 est suivi du grand discours explicatif sur l’Eucharistie, texte dans lequel les exégètes ont du mal à comprendre ce que Jésus rapporte à sa Parole et ce qu’il rapporte à son Corps.
Le récit de la multiplication des pains comporte en soi de claires références eucharistiques : comme lors de la dernière Cène, Jésus « prononça la bénédiction, rompit les pains et les donna aux disciples » (Mt 14,19 ; cf. Mt 26,26). Déjà les peintures des catacombes recourent au miracle de la multiplication des pains pour représenter l’Eucharistie, nourriture pour la vie : « Ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment une boisson » (Jn 6,35.48.51.55). Jésus est le Pain qui ne périt pas (Jn 6,27) : à ce monde qui cherche mille pains, l’Évangile réaffirme qu’il n’y a qu’« un seul pain » (Mc 8,14), « le vrai…, celui qui descend du ciel et donne la vie au monde » (Jn 6,32-33). Jésus, le Pain, est le grand « signe » (Jn 6,30) donné par le Père : aux Juifs qui, comme nous le faisons souvent, demandent de manière polémique des prodiges pour croire (Jn 6,30 ; cf. 1 Co 1,22), est offert le miracle d’un Dieu qui se donne totalement, qui se laisse rompre, qui se laisse manger, qui devient « pain de vie ». Le Christ rassasie nos besoins les plus profonds, comble nos attentes, dissipe nos peurs, surmonte nos limites de créatures. Chacune de nos Eucharisties doit être vraiment une adhésion totale au Christ, pour « ne plus avoir faim et ne plus avoir soif » pour l’éternité (Jn 6,35), pour être rassasiés de son amour immense dont rien, nous dit la seconde lecture (Rm 8,35.37-39), ne pourra jamais nous séparer.
De plus, alors que lorsque nous mangeons des aliments ordinaires, ce sont eux qui se métabolisent dans notre organisme, devenant notre chair et notre sang, en recevant le corps et le sang du Christ, c’est nous qui sommes « assimilés » en lui. En mangeant du pain et en buvant du vin eucharistique, on se « christifie », on se transforme dans le Seigneur (Jn 6,53-54.56-57). « L’Eucharistie transforme les fidèles en elle-même » (Maxime le Confesseur) : en nous nourrissant du Christ, nous devenons lui !

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Psaume XXVIIIᵉ DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE
8 octobre 2026