Le pardon, le plus grand des dons
Le verbe hébreu slh, le terme le plus courant pour désigner le pardon, signifie effacer le souvenir du mal reçu. D’autres fois, on emploie nasa’, qui dénote un soulèvement pour enlever, mais aussi ôter, éliminer. Le mot « pardonner » en grec est afiêmi, qui signifie : « renvoyer, laisser partir, permettre, accorder, ne pas empêcher, s’en aller ». Un mot proche traduit par « pardon » est apoluô, qui signifie : « libérer, congédier, laisser libre, relâcher ». Le pardon est donc l’anéantissement du mal commis, la libération d’un fardeau qui nous oppresse, une libération totale de la négativité de notre vie.
Dans la langue italienne, le mot « perdonare » est formé du préfixe « per- », qui exprime la plénitude et l’abondance, et du verbe « donare » (donner) : le verbe composé signifie donc « donner complètement / entièrement, donner au plus haut point / avec abondance ». En d’autres termes, « pardonner » est le verbe « donner » au superlatif.
Puisque Dieu est Amour, don gratuit, l’expression suprême de Dieu est le pardon : « Telle est sa grandeur, telle est aussi sa miséricorde » (Si 2,18).
Toute la patristique a toujours affirmé que la grandeur de Dieu se manifeste davantage dans sa miséricorde que dans la création. Thomas d’Aquin affirme : « Il est propre à Dieu d’user de miséricorde : et c’est en cela spécialement que se manifeste sa toute-puissance ».
Le pardon des péchés est pour le croyant une certitude de Foi : dans le Symbole des apôtres, nous proclamons : « Je crois à la rémission des péchés ».
Toute la sainte Écriture est un cantique au pardon de Dieu.
Dieu oublie les péchés
Non seulement Dieu pardonne toujours, mais il oublie complètement nos péchés. Bien loin de l’image habituelle d’un Dieu qui, au terme de notre existence, nous attendrait avec une balance pour peser si le bien a prévalu sur le mal, ou avec un grand registre consignant toutes nos actions !
« Les rabbins disaient que Dieu possède une capacité que nous, humains, n’avons pas : celle d’oublier les péchés que nous commettons, de les oublier parce qu’ils sont effacés et, par conséquent, considérés comme non commis. Nous pouvons pardonner, mais non oublier ; Dieu en revanche, lorsqu’il pardonne les péchés, les oublie » (E. Bianchi).
Merveilleux : selon l’Écriture, nos péchés sont « jetés au fond de la mer » (Mi 7,19), ils deviendront « blancs comme la neige et comme la laine » (Is 1,18), ils seront « dissipés comme un nuage et comme une nuée » (Is 44,22), car Dieu oublie véritablement toutes nos fautes !
Il est frappant de constater que, dans l’Écriture, Dieu n’exige jamais que l’homme lui demande pardon : il demande la conversion, c’est-à-dire que l’homme reprenne le chemin de son accomplissement et de sa joie, mais jamais qu’on lui présente des excuses : pensons à la parabole du fils prodigue (Lc 15,11-32). Son amour est tel qu’il ne se sent même pas offensé par nos péchés, mais accorde inconditionnellement à tous l’immensité de sa miséricorde. Le seul pardon qu’il veut que nous demandions est celui adressé à nos frères, pour nous réconcilier avec eux. Sa souffrance, sa tristesse, c’est notre béatitude manquée, et non l’affront qui lui est fait. Telle est la grandeur de son Amour !
Remets-nous nos dettes comme nous les remettons
Pourquoi alors, dans la prière que Jésus nous a enseignée, devons-nous dire : « Remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs » (Mt 6,10) ? Pourquoi le pardon de Dieu est-il conditionné à notre pardon mutuel ? Souvent, il nous semblerait plus honnête de prier : « Remets-nous nos dettes bien plus que nous ne les remettons à nos débiteurs ! ».
Déjà l’Ancien Testament avertissait : « Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait, et alors, à ta prière, tes péchés te seront remis. Si un homme garde rancune à un autre homme, comment osera-t-il demander la guérison au Seigneur ? Il n’a point de miséricorde pour un homme son semblable, et il ose prier pour ses propres fautes ? Lui qui n’est que chair conserve sa rancune ; qui lui pardonnera ses péchés ? » (Si 28,2-5). Et la tradition juive affirme qu’au Jour de l’Expiation (Yom Kippour), seuls sont pardonnés les péchés commis envers Dieu, tandis que pour ceux commis envers autrui, « Yom Kippour n’obtient le pardon que si l’on s’est d’abord réconcilié avec son frère ».
Nous ne sommes pas ici dans la logique marchande du do ut des, propre à tant de religions : nous sommes au cœur du christianisme. Implorer Dieu pour obtenir une grâce suppose d’emblée d’en assumer la responsabilité et de commencer à la vivre : c’est pourquoi nous ne pouvons solliciter la réconciliation divine que si nous devenons nous-mêmes réconciliation avec nos frères.
Le véritable amour envers Dieu est inséparable de l’amour fraternel : « Tel est le commandement que nous tenons de lui : que celui qui aime Dieu aime aussi son frère » (1 Jn 4,21) ; « Si donc tu présentes ton offrande à l’autel, et que là tu te souviennes que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis viens présenter ton offrande » (Mt 5,23-24).
Jésus explicite cette logique à plusieurs reprises : « Pardonnez, et vous serez pardonnés… car on se servira pour vous de la mesure avec laquelle vous mesurez » (Lc 7,36-38) ; « Si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » (Mt 6,14-15).
N’oublions jamais que le pardon de Dieu précède toujours notre réconciliation avec le prochain. C’est ce qu’exprime de manière limpide le Notre Père de l’Évangile selon saint Luc : « Remets-nous nos péchés, car nous-mêmes aussi (kaì gàr autoì) nous pardonnons (aphìomen) à quiconque a des dettes envers nous » (Lc 11,4). La formulation lucanienne souligne que notre capacité de pardonner découle du fait que Dieu nous a pardonnés en premier : le présent « nous pardonnons » remplace l’aoriste matthéen qui renvoie au passé.
Le lien entre être pardonné et pardonner demeure indissociable. Dans tous les cas, l’absence de pacification envers autrui paralyse la miséricorde divine. Jésus l’illustre à travers la parabole du serviteur impitoyable, auquel le Maître efface une dette immense (dix mille talents, une somme colossale), et qui refuse d’effacer la modeste créance d’un compagnon (cent deniers, une broutille en comparaison), concluant : « Alors le maître le fit appeler et lui dit : « Serviteur méchant, je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’en avais supplié. Ne devais-tu pas, toi aussi, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? ». Et, indigné, le maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. C’est ainsi que mon Père céleste vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » (Mt 18,23-35).
Nous sommes devant un mystère. L’amour de Dieu nous précède : il est gratuit et nous rejoint quand nous sommes encore pécheurs, et non parfaits artisans du pardon. Si chacun attendait d’être pleinement réconcilié avec tous avant d’oser se présenter à Dieu, nul n’approcherait jamais de son trône.
Mais l’Amour immense de Dieu se heurte à la fermeture de notre cœur envers nos frères. Un cœur fermé bloque l’action de la grâce.
Le Catéchisme de l’Église catholique rappelle : « Or, et cela est redoutable, ce flot de miséricorde ne peut pénétrer notre cœur tant que nous n’avons pas pardonné à ceux qui nous ont offensés… Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme, son endurcissement le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père » (n. 2840).
Comme l’a souligné le Pape François : « Dieu pardonne toujours, toujours. Mais il me demande de pardonner. Si je ne pardonne pas, en un certain sens, je ferme la porte au pardon de Dieu ».
Image créée numériquement par spazio + spadoni

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27 July 2026