À travers les yeux de l’art : Instruire les ignorants

28 juillet 2024

« Le Sermon sur la montagne » de Bloch
« Le Sermon sur la montagne » de Carl Heinrich Bloch (1877)

L’Œuvre de miséricorde spirituelle « instruire les ignorants » vue à travers les peintures de Bloch et la fresque représentant sainte Françoise Cabrini.

Jésus est sans conteste le Maître par excellence, toujours prêt à enseigner l’amour miséricordieux par ses paroles et son témoignage. Cette sollicitude a inspiré de nombreux artistes dans la représentation d’épisodes clés de l’Évangile.

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Les peintures de C. H. Bloch : le discours des Béatitudes

Le cycle pictural réalisé au château de Frederiksborg, près de Copenhague, par Carl Henrich Bloch entre 1865 et 1879, notamment le tableau des Béatitudes, est d’une grande beauté.

Né à Copenhague en 1834, ce jeune élève talentueux remporta une « bourse de voyage » qui lui ouvrit les portes des Pays-Bas, de la France et de l’Italie à Rome, où il rencontra sa future épouse qui lui donna huit enfants et lui permit de côtoyer de grands maîtres artistiques.

Dans le tableau du sermon sur la montagne, Jésus dispose d’un vaste espace autour de lui et siège sur la roche comme sur une chaire d’enseignement ; le bras droit levé vers le ciel, il regarde la foule avec gravité. Grande est l’attention de l’auditoire, car immense est la sagesse de celui qui instruit. Le discours des Béatitudes s’adresse à chaque personne, constituant le grand enseignement du Christ à l’humanité.

L’artiste cherche ici à saisir chaque pensée touchant le cœur et l’esprit des fidèles grâce à une lumière diurne et aux contrastes vigoureux des visages au premier plan, s’estompant doucement vers l’arrière-plan pour évoquer, comme un écho, la splendeur infinie de l’écoute.

La fresque de Pasquale Arzuffi : sainte Françoise Cabrini

À l’époque où Carl peignait ses toiles, une jeune femme italienne de santé fragile mais animée d’un profond désir d’annoncer la miséricorde divine commençait à manifester des dons pédagogiques remarquables : Françoise Cabrini. Née à Sant’Angelo Lodigiano en 1850 et tôt orpheline, elle obtint son diplôme et entreprit d’enseigner le catéchisme aux enfants malgré l’opposition des autorités.

Cette institutrice trouva en saint François Xavier son modèle absolu et adopta son nom lors de ses vœux religieux. En 1880, elle fondait l’Institut des Sœurs Missionnaires du Sacré-Cœur et multipliait les périples afin d’instruire les ignorants et de faire rayonner la miséricorde de Dieu.

Le pape Léon XIII lui désigna l’Occident comme champ d’apostolat prioritaire. Des milliers d’émigrants italiens vivaient en Europe et particulièrement aux États-Unis, dépourvus de toute connaissance de la langue et des coutumes locales.

Les rues insalubres et peuplées d’indigents devinrent ses premières écoles, ainsi que l’illustre un tableau du peintre Ciotti. Émue par ce drame avec le cœur d’une grande mère chrétienne, elle œuvra pour bâtir des écoles et des pensionnats. Aux modestes classes primaires s’ajoutèrent des collèges d’enseignement supérieur, des oratoires dominicaux, des hôpitaux et des dispensaires.

Guidée par la miséricorde, elle s’investit avec ses sœurs dans l’apostolat pénitentiaire, convaincue que l’instruction était indispensable pour rendre à l’homme sa dignité. Une autre œuvre de Cesare Secchi la montre durant la guerre en Alaska, soignant les soldats blessés et apprenant la couture et la broderie à leurs petites filles.

Elle fut la mère de milliers d’émigrés, dirigeant les responsables de ses institutions avec la douceur et la paix transmises par son divin Maître.

Les vitraux de l’église de Lodigiano retracent les étapes de voyages qui l’amenèrent à franchir l’océan à dix-neuf reprises, bravant même la cordillère des Andes à dos de mulet. C’est dans la prière qu’elle puisa la source de ses audacieuses entreprises et la force d’instruire et de faire aimer la miséricorde.

Des États-Unis, elle sillonna le Nicaragua, l’Argentine, le Pérou, le Chili, l’Espagne, l’Angleterre et l’Italie avant de regagner définitivement l’Amérique.

Elle s’éteignit au milieu de ses chers émigrés à Chicago en 1917, et sa dépouille fut transférée à New York à la Mother Cabrini High School, auprès de ses enfants.

Sa vie entièrement vouée à l’enseignement demeure l’un des plus éloquents témoignages offerts par l’Église pour nous inciter à instruire chrétiennement, et humainement, ceux qui ignorent.

La fresque de Pasquale Arzuffi dans l’abside de la basilique de Sant’Angelo Lodigiano témoigne de la ferveur locale envers cette femme humble et cette éducatrice d’exception qui continue de nous enseigner la miséricorde.

Image créée numériquement par spazio + spadoni

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