L’Europe sera-t-elle sauvée ? Mgr Lorefice sur Ceuta et le déclin des consciences

4 August 2026

Rédaction
Italie Italie

Une bouée de sauvetage qui évoque Ceuta
Une bouée de sauvetage et un flotteur évoquent les images de Ceuta de ces derniers jours. Pour se sauver, l'Europe doit d'abord sauver les autres.

(Mgr Corrado Lorefice, Archevêque de Palerme et Président de la Commission CEI sur les Migrations)

Ce qui s’est passé dans l’enclave espagnole au Maroc, à Ceuta, est certainement un piège tendu par les marchands de mort et un événement savamment organisé et manipulé.

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Cependant, sa valeur symbolique est difficile à sous-estimer. C’est la démonstration éclatante d’un désir de liberté et de vie qui nous parvient du Sud du monde et qui ne peut pas être traité uniquement comme un problème de sécurité publique.

Quitter sa terre, son pays, n’est pas une chose qu’une femme ou un homme fait de gaieté de cœur.

Partir signifie aller vers l’inconnu, abandonner ses sécurités, renoncer aux usages, coutumes et traditions qui ont marqué sa propre vie, risquer son intégrité et celle de ses proches.

Combien de personnes sont mortes en tentant de traverser la mer ? Nous les comptons froidement, sans réaliser qu’il s’agit de vies humaines, de visages, de rêves et de désirs noyés dans l’espoir d’une nouvelle patrie.

Au-delà des évaluations politiques et des mesures législatives nécessaires, des événements comme ceux de Ceuta restent le révélateur de l’énorme déséquilibre du monde, de la distribution inéquitable des richesses, du rétrécissement des démocraties sur toute la planète (et des droits sociaux, civils, économiques correspondants), de la crise climatique. Tout cela condensé dans ce désespéré espoir d’Europe porté par les migrants.

Ainsi se répètent sans fin des événements tragiques, dans lesquels les espoirs, les sourires, les corps de tant de personnes sont, en un instant, détruits par les décisions d’autres hommes qui s’arrogent le droit d’ôter la vie d’autrui, balayant comme inutiles les nombreux amours qui les ont mis au monde. Le risque est précisément l’anesthésie de la conscience, qui rend le mal banal.

Créer de la torpeur, créer des consciences endormies est le projet occulte de l’Occident. La preuve en est la manière dont Ceuta est racontée par les gouvernements et les médias du Vieux Continent (avec l’habituel et indéfinissable prolongement américain). Une modalité, à mes yeux et aux nôtres, absolument terrible.

Aucun respect, aucune compassion, aucune douleur, aucun sens de l’humanité, aucune explication des raisons profondes.

Seulement l’alarme, totalement infondée du point de vista juridique, d’une invasion de fait impossible (il y a la mer, il y a Gibraltar entre Ceuta et l’Europe) ; seulement la disqualification, absurde et en réalité contre-intuitive, de toute politique d’accueil et d’inclusion.

C’est là que réside le péché originel de l’Europe d’aujourd’hui face aux migrants : ne pas vouloir admettre qu’il s’agit d’un phénomène mondial, irréversible, à affronter et à gérer par la politique et non par les armées ; que nous sommes face à un exode auquel on ne peut répondre par des accords ignobles avec des pays tiers, comme la Libye d’Almasri.

Avant de tomber dans le sommeil qui – comme l’Histoire nous l’a enseigné – empêche de percevoir la violence, son scandale, jusqu’à la faire accepter comme normale ou même nécessaire.

À Ceuta, l’Europe démontre de manière éclatante la crise profonde de sa civilisation et de ses valeurs. Elle se renie elle-même en tant que patrie du droit et de la reconnaissance de chaque femme et de chaque homme comme appartenant à une humanité commune, à une fraternité universelle qui nous dépasse.

Elle ne se rend pas compte que les solutions de type « pansements sur une jambe de bois » enlèvent la gêne d’un jour mais préparent la tragédie de demain.

Et surtout, en refusant de penser et d’agir selon ses propres principes et ses propres capacités, l’Europe risque de se condamner à mort.

L’histoire nous enseigne que les soi-disant barbares, entrés sur le territoire romain, ont fondé, aux côtés des citoyens de l’Empire, une nouvelle civilisation. Ne sombrons pas dans la nuit de la raison, du cœur et de la conscience.

Photo de Leonardo Delsabio (Pexels)

Source: Communiqué de presse du Bureau des Communications Sociales de l’Archevêché de Palerme

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