Père Ferdinando Colombo : Conseiller ceux qui doutent

29 September 2024

Consigliare i dubbiosi

Actualiser les Œuvres de Miséricorde avec le regard du père Ferdinando Colombo

Dans les Écritures, de nombreux exemples de doute nous sont présentés. Rappelons par exemple le doute de Zacharie face à l’annonce de l’ange dans le temple : « Comment saurai-je cela ? Car je suis un vieillard, et ma femme est avancée en âge » (Lc 1, 18).

À ce doute s’oppose le doute « bienveillant » de Marie : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » (Lc 1, 34).

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Rappelons aussi l’épisode de Nicodème, qui rend visite à Jésus de nuit pour dissiper son doute : « Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? » (Jn 3, 4), « …comment cela peut-il se faire ? » (Jn 3, 9), tout comme le jeune homme riche qui demande au Seigneur : « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? », ou encore le récit de l’évangéliste Matthieu lors de la dernière rencontre de Jésus avec ses disciples à la fin de son Évangile : « Les onze disciples allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée. Quand ils le virent, ils se prosternèrent devant lui ; mais quelques-uns eurent des doutes. » (Mt 28, 16-17).

L’épisode de Thomas est également bien connu, dans lequel le doute s’exprime avec force, presque comme un défi provocateur : « …Si je ne vois » (Jn 20, 24-29). Dans ce cas, j’apprécie beaucoup l’attitude de Jésus qui ne se dérobe pas au doute de Thomas, mais se prête à sa demande de vérification, presque pour la valider.

Nos propres doutes face à des situations incompréhensibles et inacceptables, comme une maladie incurable, la mort d’un jeune, la domination apparente de la violence et de l’injustice, trouvent eux aussi un grand écho dans l’Évangile.

Le cri du Seigneur sur la croix

Mais le doute le plus impressionnant reste celui que nous percevons dans le cri du Seigneur sur la croix : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ! » où nous constatons que face à l’ultime épreuve de la mort, Jésus, dans sa nature humaine et en raison de sa profonde proximité avec le drame de l’homme, plonge dans la brume dense et profonde du doute.

Plutôt qu’un rejet de la foi, le doute peut ainsi être compris comme inhérent à la structure même de la foi dans le Dieu d’Israël, qui se manifeste dans l’histoire et s’est révélé dans l’humanité de Jésus de Nazareth.

Aimé, accueilli et écouté

Pour ces raisons, je crois que la personne qui doute ne doit pas être jugée, mais d’abord aimée, accueillie et écoutée avec respect et attention.

Pour puiser la force de le faire, rappelons-nous la miséricorde de Dieu envers nos doutes et nos interrogations, et demandons-lui de nous placer devant le doute d’autrui avec cette même miséricorde et humilité.

Cependant, nous qui croyons devons aussi être attentifs : le croyant n’est pas un détenteur de la vérité, mais demeure toujours un chercheur, même s’il connaît cette vérité et la confesse.

Quiconque souhaite donner un bon conseil doit avant tout manifester proximité, amour et respect envers la personne demandant de l’aide. Tel fut Jésus : proche des disciples, des malades, des souffrants et des pécheurs.

Nous vivons dans une culture qui exacerbe l’individualisme et les désirs personnels. Pour cette raison, conseiller ceux qui doutent est perçu avec méfiance dans un monde dominé par le relativisme.

Réflexion et prière

De plus, nous savons tous que si notre conseil n’est pas précédé d’une réflexion sérieuse et de la prière, il risque facilement de devenir une manipulation ; en même temps, nous avons conscience qu’apporter un conseil éclairant peut être une richesse inestimable pour la vie.

Il nous faut trouver la juste voie, la juste mesure dans cet exercice de charité morale.

« En étanchant la soif de vérité de celui qui doute, par un sage conseil venant du Seigneur, tu auras creusé pour lui un puits d’eau fraîche ».

Nous savons qu’aujourd’hui, face aux complexités de l’existence et aux difficultés de l’interpréter, beaucoup se tournent vers les voyants, les cartomanciens, l’astrologie et les horoscopes.

Cela ne fait que confirmer le profond désarroi de notre époque, uni au besoin fondamental de trouver des aides authentiques et efficaces.

Le Conseil

Le Conseil, avec une majuscule, est l’un des sept dons du Saint-Esprit.

L’Esprit de Conseil illumine notre cœur afin de nous faire discerner la bonne manière de parler, d’agir et la voie à suivre.

C’est lui qui nous accorde la capacité de lire la vie, et particulièrement les épreuves difficiles et sans issue apparente, avec le regard de Dieu.

Cette force ne vient pas de nous : c’est un don que Dieu met généreusement à disposition ; il suffit d’ouvrir son cœur pour l’accueillir.

La première indication essentielle consiste donc à implorer la grâce du Conseil afin de comprendre comment Dieu se situe devant la situation sur laquelle on sollicite notre avis.

Que dirait Jésus maintenant ?

Quelle lecture ferait-il de la situation qui nous est soumise ? Je pense que plus nous vivrons en union avec Dieu, façonnés et nourris par sa Parole, plus nous serons en mesure de vivre en harmonie avec la vérité et la justice, et capables de lire en profondeur le cœur humain afin de prononcer une parole juste et bienfaisante (Massimo Papotti).

Un épisode sur le conseil apporté aux personnes qui doutent, raconté par le pape François :

« Je me souviens qu’au sanctuaire de Luján, j’étais dans le confessionnal devant une longue file. Il y avait un jeune très moderne, avec des boucles d’oreilles, des tatouages… Il est venu me raconter ce qui lui arrivait. C’était un problème grave, difficile.

Il m’a dit : j’ai tout raconté à ma maman et ma maman m’a dit : va voir la Vierge et elle te dira quoi faire. Voilà une femme qui avait le don de conseil. Elle ne savait pas comment résoudre le problème de son fils, mais elle a indiqué le bon chemin : va voir la Vierge et elle te dira.

C’est cela, le don de conseil. Cette femme humble et simple a donné à son fils le conseil le plus vrai. Ce jeune homme m’a confié : j’ai regardé la Vierge et j’ai senti que je devais faire ceci, cela… Je n’ai pas eu besoin de parler ; sa mère et lui-même avaient déjà tout exprimé.

C’est le don de conseil. Vous, les mères qui possédez ce don, demandez-le pour vos enfants. Le don de conseiller ses enfants est un don de Dieu. »

Prière

Séquence du Saint-Esprit

Viens, Esprit Saint,

envoie du haut du ciel un rayon de ta lumière.

Viens, père des pauvres, viens, dispensateur des dons, viens, lumière des cœurs.

Consolateur parfait, doux hôte de l’âme, très doux soulagement.

Dans le labeur, le repos ; dans la chaleur, l’abri ; dans les larmes, le réconfort.

Ô lumière bienheureuse, envahis jusqu’au plus intime le cœur de tes fidèles.

Sans ta puissance, il n’y a rien en l’homme, rien qui soit sans faute.

Lave ce qui est souillé, baigne ce qui est aride, guéris ce qui est blessé.

Assouplis ce qui est raide, réchauffe ce qui est froid, redresse ce qui est égaré.

Donne à tes fidèles qui n’espèrent qu’en toi tes dons sacrés.

Donne mérite et vertu, donne une sainte mort, donne la joie éternelle. Amen

Illustration de sœur Marie-Anastasia Carré (Communauté des Béatitudes)

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