Père Ferdinando Colombo : Avertir les pécheurs

27 October 2024

Comment peux-tu dire à ton frère : Laisse-moi ôter la paille de ton œil, alors que dans le tien il y a une poutre ? (Mt 7,4)

Avertir les pécheurs, une action très délicate qui demande beaucoup d’humilité et beaucoup d’amour pour ne pas se transformer en un acte inadmissible d’ingérence dans la vie d’autrui.

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Avertir les pécheurs doit se faire comme lorsque nous habillons un pauvre parce que nous le voyons dans sa nudité et que nous éprouvons une véritable compassion pour lui. Alors nous l’habillons au Nom du Christ, avec amour, sans lui demander pourquoi il était nu…

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Cette question appartient à Dieu, comme lorsqu’il demanda à Adam : « et qui t’a appris que tu étais nu ? ».

Quand Adam commet le premier péché, il s’aperçoit pour la première fois qu’il est nu.

Dieu lui demanda : « Où es-tu ? »

Il répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin et j’ai eu peur, parce que je suis nu, et je me suis caché ». Il reprit : « Qui t’a appris que tu étais nu ? … » (Gn 3,1-22).

Avertir le pécheur, c’est le mettre en garde contre les péchés qu’il commet et donc contre sa nudité. (Lucetta Scaraffia)

« Pécheurs » et « avertir » sont deux mots durs à nos oreilles. Le pape François dit souvent qu’il est un pécheur. Nous sommes tous pécheurs. Mais de très nombreux hommes de notre temps ne partagent pas cette affirmation, ils ne se considèrent pas pécheurs, mais plutôt justes, avec quelques petits défauts « humains ».

Le péché comme affaire privée

Le sens du péché a disparu dans de nombreux cœurs. C’est une conséquence logique de la disparition du sens de Dieu. Pie XII disait déjà dans les années 50 que « le péché du siècle est la perte du sens du péché ». Que dirait-il aujourd’hui ?

Un autre problème s’ajoute : aujourd’hui, tout ce qui concerne Dieu, la religion et le péché est considéré comme une « affaire privée », et pénétrer dans cette sphère est perçu comme une interférence dans la vie privée d’autrui, comme un manque de respect envers sa conscience et sa liberté.

Cela serait contraire à la tolérance et à la paix nécessaires, et donc un comportement asocial. Mais cette position est inacceptable, car elle réduit la religion à une « affaire privée », alors qu’en réalité elle concerne toute la vie, notre relation avec Dieu, avec le prochain, avec le monde, avec nous-mêmes.

Il est donc important de réveiller les consciences, en parlant de Dieu et de sa vérité et en appelant par leur nom les péchés graves qui détruisent les êtres humains, les familles et la société : superstition, idolâtrie, blasphème, haine, avortement, adultère, divorce, fraude fiscale, jeux de hasard, médisance, etc.

Chercher, avec douceur, à faire comprendre aux personnes qui commettent de tels péchés qu’elles ne suivent pas le chemin de la vie n’est pas une offense envers elles, mais – au contraire – une véritable Œuvre de Miséricorde.

Reconnaître le mal de son propre péché

Reconnaître le mal de son propre péché est la première condition pour que, avec l’aide de la miséricorde divine, la personne puisse quitter le sentier qui mène à la mort, afin de guérir et de retrouver la vie.

Saint Jacques écrit : « Mes frères, si l’un de vous s’est égaré loin de la vérité et qu’un autre l’y ramène, qu’il le sache : celui qui ramène un pécheur de la voie où il s’égarait sauvera son âme de la mort » (Jc 5,19-20). Nous pourrions être des « médecins spirituels » les uns pour les autres (Hermann Geissler F.S.O.).

La Miséricorde est la manière dont le Dieu-Trinité entre en relation avec le pécheur. Dès l’instant où le mal, le péché est entré dans la vie d’une personne, le comportement de Dieu est d’intensifier son amour pour elle. L’objectif de Dieu est de « rendre juste » la personne qui a fait le mal : de la libérer du mal, de la rétablir dans la « juste relation » avec Lui-même, avec le Père, le Fils, le Saint-Esprit.

« Je ne veux pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ». L’intervention de Dieu est « un surcroît d’amour », un investissement plus intense d’amour gratuit, dans l’espoir que le pécheur prenne conscience d’être aimé et revienne à Lui.

La justice du Dieu-Trinité-Miséricorde désire que le pécheur, en accueillant son Amour gratuit, revienne à Lui ; c’est la conversion par amour.

Il l’aide à reconnaître son péché et à décider de l’abandonner, car le péché détruit son projet d’amour qui donne sens à la vie de chaque personne.

Ainsi le Dieu-Trinité-Miséricorde reprend son dialogue d’amour pour que la personne « puisse vivre ».

Cette séquence peut être définie comme un « super-don », le par-don. C’est cela, la Miséricorde.

L’action de Dieu ne consiste pas à effacer le péché, à oublier les péchés, mais elle s’adresse à la personne du pécheur : une intervention reconstructive.

Le Dieu-Trinité-Miséricorde JUSTIFIE, rend juste, c’est-à-dire capable de reprendre le dialogue avec Lui. Le sommet de la Miséricorde est cette Justice de Dieu : créatrice, réparatrice, justifiante, qui redonne à l’homme sa dignité de « fils de Dieu ». (F.C.)

« … il est nécessaire de reconnaître que nous sommes pécheurs, pour fortifier en nous la certitude de la miséricorde divine. “Seigneur, je suis un pécheur ; Seigneur, je suis une pécheresse : viens avec ta miséricorde”. C’est une très belle prière. C’est une prière facile à dire tous les jours : “Seigneur, je suis un pécheur ; Seigneur, je suis une pécheresse : viens avec ta miséricorde” ». (Pape François)

Prière pour la conversion des pécheurs

Jésus dit à Sœur M. Faustine Kowalska : « La prière pour la conversion des pécheurs m’est la plus agréable. Je l’exauce toujours ».

Jésus, vérité éternelle et notre vie,

comme un mendiant j’implore ta Miséricorde pour les pécheurs.

Cœur très doux de mon Seigneur plein de compassion et de miséricorde,

je te supplie pour eux.

Ô Cœur, source de Miséricorde,

d’où jaillissent sur l’humanité entière des rayons de grâces incomparables, je te demande la lumière pour ceux qui sont dans le péché.

Jésus, souviens-toi de ton amère passion

et ne permets pas que se perdent

des âmes rachetées à si grand prix par ton sang.

Ô Jésus, quand je médite sur la grande valeur de ton sang, je me réjouis d’une telle grandeur,

car bien que le péché soit un abîme d’ingratitude et de méchanceté, le prix qui en fut payé

est infiniment plus grand que le péché.

Une joie immense s’allume dans mon cœur en admirant cette inconcevable bonté qui est la tienne.

Ô mon Jésus, je désire conduire à tes pieds tous les pécheurs, afin qu’ils glorifient ta Miséricorde qui est infinie. Amen.

Illustration de sœur Marie-Anastasia Carré (Communauté des Béatitudes)

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