La situation
En 2025, la faim dans le monde demeure un problème d’une extrême gravité, marquée par une augmentation constante des personnes souffrant d’insécurité alimentaire aiguë. Le Rapport mondial sur les crises alimentaires 2025 indique que plus de 295 millions de personnes réparties dans 53 pays vivent dans une insécurité alimentaire sévère, soit une hausse de 13,7 millions par rapport à 2023.
Le nombre de personnes affamées progresse pour la sixième année consécutive, poussant des millions d’individus au bord du gouffre, en particulier dans les régions les plus vulnérables. L’Afrique orientale et centrale sont les plus touchées, avec 61,6 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire en Afrique de l’Est et 50 millions en Afrique occidentale et centrale. Mais dans les pays occidentaux également, nous voyons augmenter sans cesse le nombre de personnes recourant aux soupes populaires et faisant la queue pour recevoir un repas chaud.
Dieu donne le pain aux affamés
Dieu sait que la nourriture est un besoin premier pour l’homme, et il nous donne l’exemple de la sollicitude que nous devons avoir envers ceux qui ont faim : au désert, Dieu donna à Israël « du pain du ciel lorsqu’ils avaient faim » (Né 9,15). Dieu « donne du pain aux affamés » (Ps 145,7), « donne à tous la nourriture en son temps » (Ps 103,27), « a comblé de biens les affamés » (Lc 1,53), et promet aux bienheureux dans le Royaume : « Ils n’auront plus faim » (Ap 7,16).
Jésus lui-même veille à nourrir ceux qui le suivent, multipliant les pains et les poissons pour les foules affamées, un miracle rapporté par les quatre évangélistes, et relaté à deux reprises par Marc et Matthieu (Mc 6,30-44 ; 8,1-16 ; Mt 14,13-21 ; 15,32-39 ; Lc 9,10-17 ; Jn 6,1-13).
Dieu nourrit les hommes grâce à notre engagement
À maintes reprises, l’Écriture nous invite à devenir les coopérateurs de Dieu pour nourrir les affamés : « N’afflige pas un affamé » (Si 4,2) ; « Donne de ton pain à celui qui a faim » (Tb 4,16) ; « N’est-ce pas plutôt ceci le jeûne que je désire… ? Ne consiste-t-il pas à partager ton pain avec celui qui a faim » (Es 58,6-7.10) ; « Si quelqu’un partage son pain avec l’affamé…, il est juste et il vivra » (Éz 18,7.16). Et même : « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger » (Pr 25,21). Jésus lui-même ordonne : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (Mc 6,37).
Dans le « Notre Père », les chrétiens prient : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour » (Mt 6,11 ; Lc 11,3 : « donne-nous chaque jour notre pain quotidien ») : ils reconnaissent que tout vient de Dieu. Chez les Hébreux, le terme « pain » désigne la nourriture en général, ce dont l’homme a besoin pour subsister (Gn 28,20 ; 47,15…).
Attention toutefois : le pain accordé par Dieu ne relève pas de la logique du « mien » et du « tien », mais du « nôtre » : Dieu accorde son pain à tous les hommes en tant que famille humaine. Dès lors, si des êtres meurent de faim tandis que d’autres souffrent de pathologies liées à l’obésité, cela résulte du péché des hommes.
« Mettons-nous un instant du côté de Dieu, essayons de voir les choses comme il les voit. Il est comme un père de famille qui a sept enfants et qui, à chaque repas, assiste à la même scène : deux enfants s’accaparent à eux seuls presque tout ce qu’il y a sur la table, laissant les autres le ventre vide » (R. Cantalamessa).
Demander à Dieu « notre » pain implique de prendre en charge la faim de nos frères, de s’engager à faire participer à nos biens ceux qui en sont démunis, et de lutter contre toute inégalité et injustice sociale, contre un système corrompu qui enrichit excessivement vingt pour cent de la population mondiale tout en appauvrissant les quatre-vingts pour cent restants.
Il ne s’agit pas seulement de donner son superflu, mais de se dépenser devant Dieu pour une authentique solidarité et unité de la famille humaine, invitée par Dieu au banquet terrestre, signe et prophétie du banquet céleste (Es 25,6 ; 55,1-3 ; Mt 22,2 ; 26,29 ; Ap 19,9), où tous « n’auront plus faim, ils n’auront plus soif » (Ap 7,16).
À propos du riche amasseur de la parabole de Lc 12,15-21, comblé d’avoir amassé des trésors mais soudainement confronté à la mort, saint Basile écrit : « C’est ainsi que cet homme a récompensé son Bienfaiteur. Il ne lui est pas venu à l’esprit que la nature appartient à tous, il n’a pas considéré que le superflu doit être partagé entre les indigents, il n’a tenu aucun compte du précepte : « Ne refuse pas un bienfait à ceux qui en ont besoin » (Pr 3,27). Et encore : « Que la bonté et la fidélité ne t’abandonnent pas » (Pr 3,3) et « Partage ton pain avec celui qui a faim » (Es 58,7). Il n’a pas écouté le cri de tous les prophètes et de tous les maîtres ».
Le pape Benoît XVI, dans l’encyclique Caritas in veritate, affirme : « Donner à manger aux affamés est un impératif éthique pour l’Église universelle… Le droit à l’alimentation ainsi que l’accès à l’eau revêtent un rôle important pour la réalisation d’autres droits… Il est donc nécessaire que mûrisse une conscience solidaire qui considère l’alimentation et l’accès à l’eau comme des droits universels de tous les êtres humains, sans distinction ni discrimination » (n. 27).
Le pape François nous invite : « N’oublions pas les paroles de Jésus : « Je suis le pain de vie » (Jn 6,35) et « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi » (Jn 7,37). Ces paroles sont une provocation pour nous tous croyants, une invitation à reconnaître que notre relation avec Dieu passe par le fait de donner à manger aux affamés et de donner à boire aux assoiffés, un Dieu qui a révélé en Jésus son visage de miséricorde ».
Image créée numériquement par spazio + spadoni

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Être témoins de miséricorde – ÉCLAIRER
2 February 2026