Vêtir ceux qui sont nus : commentaire de la Pastorale de la Santé

1 April 2025

Rédaction
Italie Italie

Redonner leur dignité aux personnes
Donner des vêtements, c’est rendre sa dignité à celui qui est dans le besoin et lui rappeler qu’il n’est pas seul.

Tiré du site de l’Office National pour la Pastorale de la Santé de la CEI, le commentaire de la troisième œuvre de miséricorde corporelle (par Michele Sardella, directeur diocésain et régional de la pastorale de la santé dans le Latium).

L’acte humain de vêtir celui qui est nu s’enracine, selon la Bible, dans le geste originel de Dieu lui-même qui a recouvert la nudité humaine, confectionnant des vêtements et habillant Adam et Ève après leur transgression : « Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en revêtit » (Gn 3, 21).

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Cet acte de miséricorde envers les deux premiers parents souligne la sollicitude de Dieu envers nous, car il sait que la nudité ne signifie pas seulement l’exposition aux intempéries, mais aussi l’humiliation, l’indignité, la maladie, l’absence de défense et le danger.

Il s’agit de la nudité qui ôte l’identité, la nudité de l’anonyme, du sans-dignité : l’esclave vendu (Gn 37, 23), la prostituée livrée aux regards de tous (Jr 13, 26-27 ; Os 2, 4-6), le malade mental vivant dans l’aliénation (Mc 5, 1-20).

De cette attention de Dieu pour nous, l’Écriture déploie une véritable compassion pour le corps à travers des préceptes : « Donne de tes vêtements à ceux qui sont nus » (Tb 4, 16), qui fait partie intégrante de la justice (« le juste… couvre d’un vêtement celui qui est nu » : Ez 18, 5.7.16), et constitue le cœur du jeûne authentique (« voici le jeûne que je préfère :…, couvrir celui que tu vois nu » : Is 58, 7).

Offrir des vêtements pour habiller ceux qui sont démunis est un acte de véritable miséricorde

Si aujourd’hui nous rencontrons rarement des personnes totalement nues faute d’habits, plusieurs facteurs socio-économiques peuvent en limiter ou en empêcher l’achat.

Pensons par exemple aux personnes migrantes, aux malades souffrant de troubles psychiatriques, aux sans-abri, aux enfants marchant pieds nus ou aux personnes âgées qui ne peuvent acquérir des vêtements chauds en hiver.

Ces personnes se tournent fréquemment vers les centres de collecte pour solliciter une aide et des vêtements.

Lorsque nous donnons nos vêtements usagés, veillons à ce qu’ils soient propres, dignes et respectables dans leur aspect.

Renouveler notre garde-robe ne doit pas se réduire à l’achat de vêtements à la mode, mais devenir une démarche de solidarité et de partage.

Dans le domaine de la pastorale de la santé, que signifie vêtir ceux qui sont nus ?

S’habiller et se déshabiller chaque jour est un geste naturel, mais il peut s’avérer éprouvant pour une personne malade en raison d’un handicap, de troubles de l’humeur ou de déficits cognitifs.

Dans le cas des troubles cognitifs tels que la maladie d’Alzheimer, les patients oublient l’ordre d’enfilage des vêtements, ne perçoivent plus la nécessité de se changer et peinent à choisir des habits adaptés à la météo. À cela s’ajoutent les contraintes de mobilité réduite : boutonner, déboutonner, nouer… .

Dans ces situations, aider à s’habiller tout en stimulant l’autonomie résiduelle est la meilleure façon d’atténuer le sentiment de dépendance. Avec délicatesse, on choisira des vêtements confortables correspondant aux goûts de la personne, en limitant les boutons, boucles et fermetures éclair susceptibles de blesser la peau fragile.

Les soins apportés aux personnes alitées, en phase aiguë ou chronique, exigent une vigilance accrue, car le pyjama ou la chemise de nuit font parfois défaut, le drap devenant alors le seul vêtement.

Le vêtement exprime le sens de la pudeur qui distingue l’être humain et dépasse le seul cadre corporel. Découvrir une personne alitée pour sa toilette, le changement de literie ou les soins d’hygiène exige une attention et une douceur infinies.

La bonne volonté ou le devoir ne suffisent pas : être vêtu touche directement à la dignité, à l’intégrité et à la subjectivité de la personne humaine.

Ces gestes simples d’assistance témoignent de notre respect et fondent la relation de confiance avec le patient.

Habiller nos gestes d’attention implique aussi de revêtir nos relations interpersonnelles

Songeons à l’épreuve vécue lorsque la maladie ou la perte d’autonomie oblige à quitter temporairement ou définitivement son foyer habituel.

L’entrée en établissement de santé rompt soudainement les repères relationnels et familiaux, entraînant un stress émotionnel intense et un état confusionnel, particulièrement chez les personnes âgées.

Revêtir la relation d’écoute, de proximité et de compréhension bienveillante est indispensable auprès des personnes vulnérables. Cette posture est primordiale en soins palliatifs, où malades et familles affrontent les étapes ultimes de la vie.

Plus un malade se sent entouré avec tendresse, plus il s’attache à la vie, car l’amour incarné dans nos actes habille chaque instant de l’existence.

Image créée numériquement par spazio + spadoni

Source : Office National pour la Pastorale de la Santé de la CEI – Michele Sardella

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