Père Ferdinando Colombo : Pardonner les offenses

10 November 2024

Perdonare le offese

C’est la seule Œuvre de Miséricorde qui ne regarde pas aux personnes. Elle s’arrête sur une chose : l’offense. Elle est plus vaste. Elle n’a pas de frontières. Elle ne se limite pas à une catégorie, car elle couvre et rejoint le cœur de chacun de nous. Jour après jour. Parce que le pardon est en réalité décisif et déterminant dans la construction de la société et de la famille. Parce qu’il part du cœur et parle au cœur !

Pardonner est alors le sommet pour le croyant. C’est l’action humaine qui correspond le plus à l’action divine. Mais la portée sociale du pardon des offenses est elle aussi immense.

Restez en contact avec spazio + spadoni

Inscrivez-vous à la newsletter

Là en effet où règne le pardon, il y a jardin, croissance, parfum de bénédiction. À l’opposé, là où il n’y a point de pardon, le désert progresse et tout se ferme, se fige.

Et de même que le pardon est le geste qui nous rapproche le plus de Dieu le Père, de même le pardon est le signe le plus vrai de notre dignité humaine. Dans le pardon s’entrelacent ainsi admirablement le ciel et la terre, Dieu et l’Homme, l’humilité et la grandeur. (Giancarlo Bregantini)

Au moment le plus dramatique de son existence terrestre, Jésus brise les chaînes resserrées par ses assaillants, abat le mur érigé par ses bourreaux, bouleversant profondément nos cœurs par le pardon qu’il offre à ses tortionnaires, déchirant comme d’un éclair les ténèbres de cet instant terrible, lorsqu’il implore le Père de leur pardonner : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font » (Claudio Barbieri).

Parmi les consignes évangéliques inouïes, la plus surprenante est peut-être celle-ci : « Si ton frère a péché contre toi sept fois dans un jour et que sept fois il revienne à toi, disant : Je me repens, tu lui pardonneras » (Lc 17, 4).

C’est déjà une rude tâche ; mais au moins s’agit-il ici d’un offenseur qui présente ses excuses. En réalité, l’enseignement global du Christ est plus vaste et inconditionnel : « Et, lorsque vous êtes debout faisant votre prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est dans les cieux vous pardonne aussi vos offenses » (Mc 11, 25). À cette école, les apôtres enseignent : « Ne rendez à personne le mal pour le mal » (Rm 12, 17) ; bien plus, « bénissez ceux qui vous persécutent » (Rm 12, 14).

C’est un langage que nous avons l’habitude d’entendre et qui ne nous impressionne plus. Pourtant, sa mise en pratique est fort éloignée des coutumes humaines, où prédominent les rancœurs et les ressentiments entretenus.

L’une des causes majeures du malaise social provient précisément du déferlement de haine et de vengeance, qui déclenche un enchaînement interminable de représailles et de souffrances.

D’où l’importance de la cinquième miséricorde que l’Église apporte au monde : l’exhortation à faire prévaloir en chacun la « culture du pardon » (Cardinal Giacomo Biffi).

La prière du Notre Père nous place résolument sous une loupe, nous mettant face à nos responsabilités et nous invitant à examiner avec lucidité notre propre position. Celle-ci doit d’une part devenir active en donnant corps au pardon, et d’autre part s’en remettre à la miséricorde du Seigneur dans la demande d’être pardonnés.

« … et pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… »

Nous discernons aussitôt une vérité essentielle dans le processus du pardon : quiconque a conscience du pardon de Dieu sait pardonner. Car en posant un regard de compassion et de miséricorde sur celui qui nous a offensés, nous reconnaissons aussi être nous-mêmes offenseurs et éprouver le besoin de solliciter avec humilité et confiance le pardon de Dieu (Claudio Barbieri).

Le courage et la force de pardonner constituent l’âme de la vie chrétienne, mais aussi le chemin vers l’édification de relations humaines profondes et durables. Jésus nous exhorte continuellement à pardonner les offenses.

Certes, pardonner est difficile ; aux yeux du monde, cela ressemble parfois à une réaction de faiblesse, presque contraire à nos penchants spontanés. La vengeance, au contraire, se donne à voir comme la réaction d’un individu fort.

Mais la vengeance ne résout rien ; bien au contraire, elle rend le cœur toujours plus amer, l’enferme sur lui-même et agit comme un poison aux effets dévastateurs (Hermann Geissler F.S.O.).

Le pardon « du fond du cœur » nous aide à ne point tenir un registre des torts de l’autre, registre réactivé à la moindre incartade.

En ce sens, l’invitation suivante de Mère Julia résonne avec force :

« Que ce jour soit pour vous celui où vous mettez fin au passé. Que ce soit le jour où vous livrez aux flammes tous les livres de dettes, les registres et comptes que vous gardez encore dans votre cœur : brûlez tout dans le feu de l’amour miséricordieux de Dieu. Oui, allumez un grand feu : plus la dette est grande, plus la lumière jaillira avec force. Comportez-vous différemment les uns envers les autres, comme si vous vous rencontriez pour la toute première fois ; oui, je vous le répète, oubliez tout ce que vous gardiez dans votre mémoire. Recommencez à neuf avec le secours de la grâce et de la foi » (25 janvier 1981 – La Vénérable Mère Julia, Mexicaine, 1881–1974 – Filles Missionnaires de la Très Pure Vierge Marie).

Mais que de chemin parcouru par l’humanité sur cette route exigeante, éprouvante, mais ô combien libératrice du pardon ! Et à chaque pas, à chaque étape, l’humanité a grandi.

Elle s’est affranchie de la tragédie de la vengeance, de la justification théorique de la guerre (même si elle demeure en nos cœurs comme une tragique « folie ! »), de la peine de mort !

Et désormais, à partir précisément du pardon des offenses, de nouveaux horizons stimulants s’ouvrent à nous : l’évaluation et l’amélioration du système pénitentiaire, l’abolition progressive de la réclusion à perpétuité, de nouveaux espaces de réconciliation au sein des familles, une approche respectueuse de l’action politique et syndicale, la vigueur de la non-violence, la sauvegarde de la Création (Claudio Barbieri).

Prière

Le dessein d’amour de Dieu le Père et son cœur se manifestent pleinement dans la célèbre préface de la deuxième prière eucharistique de la réconciliation :

« Nous reconnaissons ton amour de Père quand tu fléchis la dureté de l’homme

et, dans un monde déchiré par les luttes et les discordes,

tu le rends disponible à la réconciliation.

Par la puissance de l’Esprit, tu agis au plus profond des cœurs, pour que les ennemis s’ouvrent au dialogue,

que les adversaires se tendent la main

et que les peuples se rencontrent dans la concorde.

Par ton don, ô Père, la recherche sincère de la paix éteint les querelles, l’amour triomphe de la haine et la vengeance est désarmée par le pardon ! »

Illustration de sœur Marie-Anastasia Carré (Communauté des Béatitudes)

Partager cet article

Les mots peuvent inspirer, le partage peut les porter encore plus loin.

Home » Actualités » Père Ferdinando Colombo : Pardonner les offenses
Opera M Collaborez avec nous