Père Ferdinando Colombo : Prier Dieu pour les vivants et les morts

24 November 2024

Pregare Dio per i Vivi e per i Morti

Prier Dieu. Le message du pape François pour la célébration de la journée mondiale de la paix 2016 s’ouvre sur trois affirmations très significatives : « Dieu n’est pas indifférent ! Dieu a le souci de l’humanité, Dieu ne l’abandonne pas ! ».

Dieu est le sage architecte de ma vie. Je ne peux pas faire mes propres projets, agir en conséquence, et ensuite prétendre que Dieu vienne jouer les manœuvres dans la construction.

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La construction, nous la faisons ensemble, en « collaboration ». Il faut prendre conscience du renversement de perspective que le christianisme opère par rapport à la prière païenne : le païen prie pour conquérir les dieux, pour s’attirer leurs faveurs, pour les amener de son côté.

Pour le chrétien, c’est le contraire : je n’ai pas à convaincre Dieu, car Il est déjà de mon côté, du côté de mon bien. C’est moi qui ai besoin de me convaincre et de me mettre du côté de Dieu ; je ne prie pas pour convertir Dieu, mais pour convertir les autres, et moi-même avec eux.

Pour les vivants

L’œuvre de miséricorde que nous approfondissons fait référence en particulier à la prière d’intercession, la prière pour les autres. Intercéder signifie « faire un pas entre », « s’interposer », se situer entre deux parties pour tenter de bâtir un pont, une communication entre elles.

« Marcher au milieu », prêts à aider chacune des deux parties. Dans l’intercession, nous prenons sur nous les fardeaux de ceux pour qui nous prions : c’est une prière qui se réfère au dessein de Dieu et permet de participer à son œuvre de salut.

En reprenant une image du livre de Job, nous pouvons dire que l’intercesseur est celui qui pose une main sur Dieu et une sur l’homme, sur l’épaule de Dieu et sur l’épaule de l’homme, devenant lui-même un pont entre l’un et l’autre : « Il n’y a pas entre nous d’arbitre qui pose sa main sur nous deux » (Jb 9,33).

Tout chrétien est appelé à intercéder et à jouer un rôle privilégié envers toute l’humanité : quiconque suit Jésus partage la responsabilité du salut du monde entier. Dès lors, la présence de nombreux intercesseurs est un moyen de réaliser une communauté correspondant au plan de Dieu et de promouvoir le travail de réconciliation entre individus, peuples, cultures et religions, et entre l’homme et son Dieu.

Ce grand fleuve d’intercession se jette dans l’océan de l’intercession du Christ.

Jésus intercesseur

Pensons à sa position sur la croix, lorsque sa présence entre ciel et terre, les bras étendus pour amener tous les hommes à Dieu, devient le récit de l’aboutissement ultime de l’intercession : le don de sa vie pour les pécheurs de la part de Celui qui est saint, le « mourir pour » les injustes de la part de Celui qui est juste.

La prière de Jésus sur la croix : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34) résume une vie entière passée devant Dieu pour les autres et montre un Jésus devenu lui-même intercession par sa vie et par sa mort. Le Ressuscité continue d’intercéder pour tous les hommes du haut des cieux, saint Paul écrit aux Romains : « Il est ressuscité, Il est à la droite de Dieu et Il intercède pour nous ! » (Rm 8,34).

Pour les morts

L’Église a toujours invité à prier pour les défunts, en offrant tout particulièrement pour eux la célébration eucharistique : elle constitue le meilleur secours spirituel que nous puissions apporter à leurs âmes, notamment aux plus délaissées.

Dans Lumen Gentium, nous lisons que l’Église : « dès les premiers temps de la religion chrétienne, a cultivé avec grande piété la mémoire des défunts » (LG 50). En priant pour les morts, l’Église s’insère dans le dessein de salut de Dieu qui a pour fin le Royaume, la résurrection finale et la vie éternelle.

À la source de cette prière se trouve donc un lien de solidarité dans l’amour mutuel : nous prions pour les défunts parce que nous les aimons. Et eux aussi continuent de nous aimer, d’un amour plus grand encore que celui qu’ils nous portaient durant leur vie terrestre, car ils ne sont plus limités par la fragilité de la nature humaine ; désormais, ils aiment avec la puissance même de l’amour de Dieu.

Dans la prière, nous faisons l’expérience de la communion avec eux, tandis que nous leur demandons de nous accompagner depuis le ciel et de parler de nous à Dieu ; nous exprimons en outre la conviction que l’amour est plus fort que la mort. Car la mort physique ne saurait dénouer les liens de l’amour et de la charité, qui nous unissent tous en un seul corps.

Lorsque nous prions pour les défunts, il nous suffit de savoir que leur amour de Dieu ne cesse de grandir et qu’ils ont besoin de notre soutien, tout comme nous avons besoin du leur.

(Andrea Brandolini Collégiale de San Giovanni in Persiceto 17 janvier 2016 Catéchèse des adultes)

Prière du Pape François

Dieu d’infinie miséricorde, nous confions à ton immense bonté

ceux qui ont quitté ce monde pour l’éternité,

où tu attends l’humanité tout entière,

rachetée par le sang précieux du Christ, ton Fils, mort pour le rachat de nos péchés.

Ne regarde pas, Seigneur, nos nombreuses pauvretés, misères et faiblesses humaines, lorsque nous nous présenterons devant ton tribunal,

pour être jugés pour le bonheur ou la condamnation.

Pose sur nous ton regard miséricordieux, né de la tendresse de ton cœur,

et aide-nous à marcher sur le chemin d’une entière purification.

Qu’aucun de tes enfants ne se perde dans le feu éternel de l’enfer, où le repentir n’est plus possible.

Nous te confions, Seigneur, les âmes de nos proches,

des personnes mortes sans le réconfort des sacrements,

ou qui n’ont pas eu l’occasion de se repentir, même au terme de leur vie.

Que nul ne craigne de Te rencontrer,

au terme de ce pèlerinage terrestre,

dans l’espérance d’être accueilli dans les bras de ton infinie miséricorde.

Que sœur la mort corporelle nous trouve vigilants dans la prière

et comblés de tout le bien accompli au cours de notre brève ou longue existence.

Seigneur, que rien ne nous éloigne de Toi sur cette terre,

mais que tout et tous nous soutiennent dans le désir ardent de reposer sereinement et éternellement en Toi.

Amen.

(Angélus – 2 novembre 2014)

Illustration de sœur Marie-Anastasia Carré (Communauté des Béatitudes)

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