Père Ferdinando Colombo : Visiter les prisonniers

1 September 2024

Le Opere di Misericordia_don Ferdinando Colombo

Si l’histoire de la violence de l’homme, mal si profond, si réel, commence avec Caïn et s’achève sur la Croix ; pour triompher, il ne reste que la mort de Dieu. Et si Jésus meurt, Il choisit de le faire entre deux criminels.

L’un s’en sort divinement, passant de la débâcle à la victoire absolue, premier sauvé par la mort du Christ. L’autre persistera dans son refus de la grâce offerte.

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Pour comprendre l’œuvre de miséricorde envers les prisonniers, nous devons partir de cet enseignement de Jésus lorsqu’Il raconte la prière du publicain et du pharisien (Lc 18, 9-14).

Il était une fois deux hommes : l’un était pharisien et l’autre percepteur d’impôts. Un jour, ils montèrent au Temple pour prier. Le pharisien se tenait debout et priait ainsi en lui-même : « Mon Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes : voleurs, injustes, adultères. Je suis différent aussi de ce percepteur. Je jeûne deux fois par semaine et je donne la dîme de tous mes revenus ».

Le percepteur, au contraire, se tenait à distance et n’osait même pas lever les yeux vers le ciel. Il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis ! ». Je vous l’assure : ce percepteur redescendit chez lui justifié, mais non pas l’autre. Car tout homme qui s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé.

La parabole commence en soulignant le fait qu’« être juste » n’est jamais un état inné chez l’être humain ; en effet, le chrétien n’est jamais juste par lui-même devant Dieu.

L’assurance excessive de sa propre innocence, en particulier lorsqu’elle engendre dans la pratique une attitude accusatrice et intolérante envers le prochain et ses fautes, doit nous interpeller.

Le chrétien ne se définit point comme un homme « juste », mais comme un homme réconcilié, pardonné, justifié par Dieu. C’est pourquoi cette parabole dépeint ce face-à-face entre deux modèles : l’homme qui défend sa justice personnelle, que Dieu ne valide point, et l’homme qui s’abandonne à la miséricorde de Dieu et reçoit la justification.

Le cas : l’histoire de Jacques Fesch

L’univers carcéral est, de par sa nature, éprouvant ; pourtant le mal, tant physique que moral, peut devenir l’occasion d’une remise en question salutaire de sa vie. C’est ce qui est advenu pour beaucoup.

Je songe à l’histoire de Jacques Fesch, un jeune voleur et meurtrier de notre époque, né en 1930 et guillotiné le 1er octobre 1957 pour avoir tué un policier à Paris. Jacques, en cellule d’isolement, entreprit un examen approfondi de son existence et redécouvrit peu à peu la foi.

Il lut abondamment, notamment les Évangiles, jusqu’à découvrir la jeune carmélite Thérèse de Lisieux, qui devint sa directrice spirituelle jusqu’au jour de son exécution.

Il écrivit des lettres d’une infinie tendresse à sa compagne Pierrette, dont il avait eu une fille, Véronique, et qu’il épousa quelques jours avant de mourir.

Pendant les années d’attente judiciaire, il rencontra le Christ qui, dans le silence de la cellule, sait parler plus clairement que partout ailleurs :

« Toi aussi, Tu as été mené là où Tu ne voulais pas aller », écrivait-il dans son journal en pensant à Jésus.

Au pied du Crucifix, il apprit, comme il l’écrivit, « à accepter la croix, qui peu à peu deviendra légère ; à offrir ses souffrances et les injustices dont on est victime ; à aimer ceux qui nous frappent. Et ainsi, un jour, j’entendrai me dire comme au bon larron sur la croix : ‘En vérité je te le dis, aujourd’hui même tu seras avec moi dans le paradis’ ».

« La grâce m’a visité – concluait-il – et une grande joie s’est emparée de moi, et par-dessus tout une paix immense… C’est la première fois que je pleure des larmes de joie, ayant la certitude que Dieu m’a pardonné ».

La dernière nuit de sa vie, entre le 30 septembre et le 1er octobre 1957, il écrivit à sa fille une lettre bouleversante « pour quand elle sera devenue femme » : « Tu es si belle, Véronique ! ». Puis survint son terme terrestre, accueilli dans la paix : « Dernier jour de lutte : demain à cette heure, je serai au ciel ! J’ai confiance en l’amour de Jésus et je sais qu’Il chargera Ses anges de me porter sur leurs mains ».

Le couperet qui trancha sa tête l’a, en réalité, libéré comme le papillon émergeant de sa chrysalide. Aujourd’hui, son procès en béatification est même instruit. Avec Dieu, la cellule d’isolement peut se muer en un sanctuaire, une existence fourvoyée en un chemin de sainteté, et une lame de guillotine en une auréole de lumière !

Le témoin : don Giuseppe Cafasso (1811-1860)

Confesseur de don Bosco, don Cafasso se dévoua corps et âme aux exclus et aux détenus.

Le Pape Benoît disait de lui : « Il connaissait la théologie morale, mais il connaissait tout autant les situations et le cœur des gens, dont il prenait soin, tel le Bon Pasteur. Ceux qui avaient la grâce de le côtoyer étaient transformés en autant de bons pasteurs et de confesseurs avisés. Il indiquait avec clarté à tous les prêtres la sainteté à poursuivre au cœur même du ministère pastoral ».

Il visitait assidûment les prisons sénatoriales, y demeurant souvent fort tard, parfois toute la nuit. Il apportait des cigares et du tabac à priser, remplaçant la chaux que les prisonniers grattaient des murs ; par-dessus tout, il amenait brigands et criminels à la conversion.

Il s’agissait parfois de repentirs lents et douloureux ; d’autres fois, d’illuminations foudroyantes survenant quelques instants avant la pendaison.

Le pape Benoît XVI ajoutait encore à son sujet : « Du haut de sa chaire de théologie morale, il formait à être de bons confesseurs et directeurs spirituels, soucieux du véritable bien spirituel de la personne, animés d’un remarquable équilibre pour faire éprouver la miséricorde de Dieu tout en éveillant un sens aigu et vif du péché ».

Frères et sœurs détenus : le Jubilé, qui nous fait rencontrer un Père qui pardonne et console, accomplit des merveilles pour chacun. « Même le temps passé en prison – écrit le Pape – est un temps de Dieu et doit être vécu comme tel. C’est un temps à offrir au Seigneur comme une opportunité de vérité, d’humilité, d’expiation et de foi. L’expérience jubilaire, y compris en prison, ouvre des horizons humains et spirituels inespérés » (Cardinal Gualtiero Bassetti, archevêque émérite de Pérouse).

Prière de Paul VI

Tu nous es nécessaire, ô notre Rédempteur, pour découvrir notre misère et pour la guérir ; pour concevoir le bien et le mal et espérer la sainteté ; pour déplorer nos péchés, particulièrement quand les victimes sont des enfants, et pour en obtenir le pardon.

Tu nous es nécessaire, ô grand patient de nos douleurs, pour connaître le sens de la souffrance, de l’exploitation, de la violence, et pour lui conférer une valeur d’expiation et de rédemption.

Tu nous es nécessaire, ô Christ, ô Seigneur, ô Dieu avec nous, pour cheminer dans la joie et la force de Ta charité, jusqu’à la rencontre finale avec Toi, le Bien-Aimé, l’Espéré, le Béni pour les siècles des siècles. Amen.

Illustration de sœur Marie-Anastasia Carré (Communauté des Béatitudes)

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