Supporter patiemment les personnes importunes : commentaire de la Pastorale de la Santé

2 July 2025

Rédaction
Italie Italie

La sixième œuvre spirituelle : supporter avec patience
La patience nous apprend à regarder l’autre avec compréhension, même lorsque la vie ensemble n’est pas facile.

Du site de l’Office National pour la Pastorale de la Santé de la CEI, commentaire sur la sixième Œuvre de Miséricorde spirituelle

(du Dr Michele Loiudice, Responsable Accréditation, Contrôle et Gestion – ARES 118)

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La sixième Œuvre de Miséricorde spirituelle pousse à prêter attention à la qualité des relations (Scaraffia, 2014) que nous établissons avec les personnes qui nous entourent, avec les malades, avec nos collègues ou même avec ceux que nous rencontrons par hasard. Elle se construit sur l’opposition entre le sens de miséricorde et celui de nuisance (importunité) : la première est un « Sentiment de compassion pour le malheur d’autrui, qui pousse à agir pour le soulager (Treccani, Dictionnaire Treccani, 2015) », tandis que la seconde est définie comme une « Sensation fâcheuse de peine, de tourment, de gêne, de malaise ou d’irritation, causée par des personnes ou des choses et en général par tout ce qui produit un trouble du bien-être physique ou de la tranquillité spirituelle (Treccani, Dictionnaire Treccani, 2015) ». L’objet de ces pages n’est donc ni le harcèlement sexuel, qui relève du code pénal, ni les actes de méchanceté plus ou moins grands qui exigent l’héroïsme du pardon, mais bien les personnes qui, consciemment ou involontairement, alourdissent le fardeau de notre existence, dont la simple présence nous paraît inopportune, gênante, voire insupportable, semblant presque peser sur nous de tout leur poids, « nous importunant » (Pasquale, 2014).

Dans les évangiles, nous avons plusieurs épisodes décrivant des situations de trouble liées à la maladie. Rappelons (Mc 10,46-48) le fils de Timée, Bartimée, aveugle, qui, entendant que c’était Jésus de Nazareth, se mit à crier et à dire : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! », et que l’on réprimandait pour le faire taire. Ce comportement perturbateur est l’expression d’un besoin de salut et de guérison que les disciples cherchent à dissimuler. L’aveugle Bartimée met encore aujourd’hui en lumière notre aveuglement individuel et communautaire à comprendre les besoins de santé, notre tendance à vouloir les nier ou à les insérer dans des catégories qui les rendent plus gérables et moins menaçants d’un point de vue social.

Un autre personnage “importun” des évangiles est la femme hémorroïsse décrite dans l’évangile de Marc (Mc 5,25-34). L’importunité ne réside pas tant dans le fait de détourner Jésus sur son chemin vers la maison de Jaïre, mais dans son comportement socialement inacceptable. Selon la mentalité de l’époque, le sang rendait une personne impure et quiconque la touchait devenait impur à son tour. La décision de braver cette loi représente la volonté de vivre de cette femme qui, en touchant le manteau, souhaite non seulement guérir mais retrouver sa dignité. Combien de fois le malade devient-il la maladie, combien de fois la stigmatisation dissimule-t-elle le visage, combien de fois la distance prive-t-elle du bienfait du contact.

Un autre épisode significatif est la guérison d’un enfant épileptique (Mc 9,14-29), où un père se plaint de l’incapacité des disciples à chasser l’esprit muet qui s’est emparé de son fils. Les disciples discutent parce qu’ils sont remis en question sur l’un des aspects centraux de leur mission. Bien souvent, la contrariété est liée à la remise en question des rôles. Aujourd’hui, les dérives médicales et le manque de moyens ont ébranlé la relation de confiance entre le soignant et le patient, entre l’institution et la famille, une relation qui s’établit parfois en portant dès l’origine le germe d’une évolution conflictuelle.

La mort, enfin, engendre une profonde perturbation chez les personnes et au sein d’une communauté. Devant le tombeau de Lazare, Jésus fondit en larmes. Jésus pleure : par communion, par affection pour Lazare, Marie et Marthe, par attendrissement devant la condition humaine ; parce qu’Il était l’incarnation de la tendresse de Dieu (Pollano, 2015). Pour nous, en revanche, le mourant devient souvent une personne importune, car il éclaire d’un jour nouveau notre propre rapport à la mort et nous place face à nos limites et à nos angoisses.

Dans ces épisodes, l’intervention de Jésus procure le salut et la guérison, ou la résurrection dans le cas de Lazare. Quel est alors le bienfait de supporter patiemment les personnes importunes au chevet du malade, dans un dispensaire, au centre d’écoute de la paroisse et plus largement dans nos contextes familiaux, professionnels ou communautaires ?

L’idée des “œuvres de miséricorde spirituelles”, aux côtés de celles tournées vers le “corps” de l’homme, est née dans la tradition de l’Église de l’interprétation allégorique du texte de Matthieu 25, associant les besoins spirituels aux besoins matériels : il n’y a pas seulement des pauvres matériels, des assoiffés ou des malades dans leur chair… il y a aussi des pauvres spirituels, privés de la nourriture de la justice, du breuvage de la connaissance de Dieu et du vêtement du Christ (Manicardi, 2010). Même en recourant à cette allégorie, la compréhension du bienfait de supporter patiemment les personnes importunes n’est pas immédiate.

À bien y regarder, le terme « « La Miséricorde » ne définit pas ; elle ne donne pas de nom à une réalité, mais à une relation : on fait ou l’on reçoit miséricorde, c’est-à-dire que l’on se trouve dans une relation de miséricorde. En d’autres termes, la miséricorde n’est pas une chose, mais elle se concrétise en choses, en gestes, en actes – même dans un simple verre d’eau (cf. Mc 9,41). Ce n’est pas une res, mais le nom d’une relation et de sa qualité… « Faire miséricorde » et « recevoir miséricorde » sont deux énoncés performatifs de même niveau. L’objet d’un acte de miséricorde peut devenir le sujet du mouvement spéculaire, et ainsi de suite. Elle fonctionne avec la même force dans toutes les directions sans qu’il soit nécessaire de changer le mot : elle ne marque aucune préférence envers l’actif ou le passif. » (Morra, 2015)

À la lumière de cette prémisse, la patience s’avère avant tout bénéfique, et même essentielle, à la cohésion sociale au sein d’une famille, d’une communauté ou d’un hôpital. S’il est facile de concevoir que chacun peut passer du statut d’importuné à celui d’importun, il est bien plus difficile de se mettre à la place de celui qui nous dérange, d’en comprendre les motifs, d’en partager l’inconfort et de le reconnaître comme un frère en humanité (Tiberi & Leoni, 2014). Le chrétien (Pasquale, 2014) est appelé, en imitateur de Dieu (Éph 5,1), à porter lui aussi le fardeau de ses frères ; « Je vous exhorte […] à vous supporter les uns les autres dans l’amour, en vous efforçant de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix » (Éph 4,1-3), « vous supportant les uns les autres, et vous pardonnant réciproquement si l’un a sujet de se plaindre d’un autre » (Col 3,13). La mesure de cette patience pour le chrétien demeure l’amour : la charité qui « elle excuse tout, elle croit tout, elle espère tout, elle supporte tout » (1 Co 13,7).

Une seconde réflexion sur les effets de la sixième Œuvre de Miséricorde renvoie à l’expérience de saint François. Dans les paraboles de Jésus sur la nécessité de la prière, des personnes importunes sont mises en scène et tirent bénéfice de leur insistance : la veuve importune qui obtient justice du juge inique (Lc 18, 1-8) et l’ami insistant qui reçoit trois pains pour des voyageurs (Lc 11, 5-9). Dans cette relation, le juge et l’ami ont également “reçu” quelque chose : ils ont été amenés à réfléchir et à faire évoluer leur attitude. Ces paraboles ne sont pas présentées pour retracer un chemin de conversion mais pour éclairer la prière. L’expérience humaine de François, en revanche, nous enseigne, comme il le raconte dans son Testament, que le contact avec la présence “amère” des lépreux fut le point de départ de sa conversion :

« Le Seigneur me donna ainsi à moi, frère François, de commencer à faire pénitence : lorsque j’étais dans les péchés, il me semblait trop amer de voir les lépreux ; et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je leur fis miséricorde. Et en m’éloignant d’eux, ce qui me semblait amer se changea pour moi en douceur de l’âme et du corps. Et après cela, j’attendis un peu et je quittai le monde. » (Texte de novembre 2016)

Image créée numériquement par spazio + spadoni

Source : Office National pour la Pastorale de la Santé de la CEI

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